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Le glacier Jakobshavn : exploration approfondie

Dans la baie de Disko, sur la côte ouest du Groenland, se trouve le glacier qui a façonné plus que tout autre notre compréhension de la dynamique glaciaire polaire moderne. Jakobshavn Isbrae — dont le nom groenlandais officiel est Sermeq Kujalleq, signifiant « le glacier du sud » — s'est imposé dans les premières pages de la glaciologie au cours des dernières décennies à mesure que ses vitesses d'écoulement atteignaient des valeurs jamais enregistrées pour un glacier du Groenland. Il serait, selon certaines estimations, responsable de la production d'environ 10% des icebergs qui quittent le Groenland chaque année.

La renommée de Jakobshavn dépasse le cercle des spécialistes. Un iceberg issu de ce glacier aurait, selon des calculs rétroactifs des trajectoires de dérive, pu être celui qui a coulé le Titanic en avril 1912. Mythe ou réalité probable — les calculs suggèrent que c'est physiquement cohérent mais invérifiable avec certitude — cette association a ancré ce glacier dans la conscience populaire au-delà du monde scientifique. Explorer les glaciers de l'Atlantique nord depuis la carte permet de situer Jakobshavn dans son contexte géographique.

Géographie et structure

Jakobshavn est situé dans la région d'Ilulissat, à environ 250 kilomètres au nord du cercle polaire arctique. Le glacier s'écoule depuis les hauteurs du plateau groenlandais vers la baie de Disko, traversant un fjord profond de plusieurs dizaines de kilomètres. La profondeur du lit rocheux sous le glacier dépasse 1 500 mètres par endroits, bien en dessous du niveau de la mer — une configuration qui le rend particulièrement sensible à l'intrusion d'eau chaude atlantique.

Le système de drainage du Jakobshavn couvre une large portion du sud-ouest de la calotte groenlandaise, drainant une superficie estimée à environ 8% de l'ensemble de la calotte. Cette étendue considérable signifie que les changements de débit du glacier affectent directement l'équilibre de masse d'une large portion de la calotte. La glace qui s'écoule par ce glacier a parfois été accumulée plusieurs centaines ou milliers de kilomètres à l'intérieur du Groenland, transportant avec elle les archives climatiques des couches profondes du plateau groenlandais.

Les vitesses d'écoulement et leur évolution

Dans les années 1990, Jakobshavn s'écoulait à environ 20 mètres par jour, ce qui était déjà une vitesse élevée pour un glacier de calotte. Entre 2000 et 2013, sa vitesse a pratiquement doublé, atteignant par moments plus de 40 mètres par jour — soit environ 15 kilomètres par an. Cette accélération spectaculaire s'est accompagnée d'un amincissement de la glace de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de mètres et d'un recul du front glaciaire de plusieurs kilomètres.

Les causes de cette accélération ont été intensément étudiées. La principale explication reconnue est l'intrusion d'eau atlantique relativement chaude — des masses d'eau sub-polaires qui circulent à des profondeurs intermédiaires dans l'Atlantique Nord — dans le fjord Jakobshavn et sous la plateforme flottante du glacier. Cette eau, plus chaude de un à deux degrés que les eaux polaires habituelles du fjord, a fondu la face basale du glacier, provoquant une fonte de la plateforme flottante qui servait de contrefort à l'écoulement en amont.

Le recul de la plateforme flottante

Jakobshavn avait, jusqu'à la fin des années 1990, une plateforme flottante — une langue de glace flottant sur l'eau dans le fjord — qui s'étendait sur plusieurs kilomètres. Cette plateforme jouait un rôle de buttressing, limitant la vitesse d'écoulement des glaciers tributaires par son effet de contrefort. À partir de 1997-1998, la plateforme a commencé à s'amincir et à se fragmenter, et elle avait pratiquement disparu vers 2003. La désintégration de cette plateforme a retiré le frein naturel sur l'écoulement en amont, contribuant à l'accélération observée.

Ce mécanisme — perte de plateforme flottante suivie d'accélération des glaciers tributaires — est maintenant reconnu comme un processus général qui peut s'appliquer à d'autres glaciers groenlandais et antarctiques. La désintégration de la plateforme Larsen B en 2002 a provoqué une réponse similaire dans les glaciers tributaires de la péninsule antarctique, validant le mécanisme identifié à Jakobshavn.

La surprise du ralentissement partiel 2016-2019

Dans un revirement qui a intrigué les glaciologues, les mesures satellite ont montré un ralentissement et même une légère recharge de Jakobshavn entre 2016 et 2019. Des recherches publiées en 2019 par Ala Khazendar et ses collègues ont attribué ce ralentissement à un refroidissement des eaux de la baie de Disko lié à une variabilité naturelle de la circulation océanique Atlantique — plus précisément à un refroidissement de l'eau atlantique intermédiaire associé à une phase de l'Oscillation Atlantique Multidécennale.

Cet épisode illustre que la réponse d'un glacier aux forçages est non linéaire et peut inclure des phases de ralentissement temporaire au sein d'une tendance à long terme au recul. Il souligne également l'importance de la variabilité naturelle océanique dans la modulation de la réponse glaciaire, ce qui complique les prévisions à décennie. Les modèles qui n'incluent pas cette variabilité sous-estiment ou surestiment systématiquement les changements observés.

Le fjord Jakobshavn et ses icebergs

Le fjord d'Ilulissat, qui reçoit les icebergs de Jakobshavn, est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2004 sous le nom de Icefjord Ilulissat. Les icebergs qui s'accumulent dans le fjord sont parmi les plus grands au monde : certains dépassent 100 mètres au-dessus de la ligne de flottaison, ce qui implique des tirants d'eau de plusieurs centaines de mètres. Ces icebergs massifs peuvent rester bloqués dans le fjord pendant des mois avant de se fracasser suffisamment pour franchir le seuil et dériver dans la baie de Disko.

La ville d'Ilulissat, troisième ville du Groenland avec environ 4 500 habitants, tire une partie significative de ses revenus du tourisme lié à ce spectacle des icebergs. Des croisières en bateau, des randonnées sur le bord du fjord, et des excursions en kayak permettent aux visiteurs d'approcher ces masses de glace à proximité relative. La gestion durable de ce tourisme dans un milieu aussi spectaculaire que fragile est un enjeu permanent pour les autorités locales.

Importance pour les prévisions de montée des mers

Jakobshavn est l'un des glaciers les plus intensément surveillés du monde. Des mesures GPS, des balises de position sur la glace, des relevés bathymétriques du fjord, des mesures de température et de salinité océaniques, et des données de télédétection satellitaire continuent d'enrichir notre compréhension de ce système. Ces données alimentent les modèles de projection de la contribution du Groenland à la montée du niveau des mers d'ici 2100 et au-delà.

Les incertitudes dans ces projections restent importantes, en grande partie à cause des inconnues sur l'évolution future de la température des masses d'eau atlantiques et de leur circulation dans les fjords groenlandais. Jakobshavn, par sa taille et la richesse des données accumulées, est le terrain d'essai central pour les modèles qui tenteront de réduire ces incertitudes dans les prochaines années.